Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
26 novembre 2011 6 26 /11 /novembre /2011 08:00

 

Quand un proche meurt, il y a toujours, dans les semaines ou les mois qui suivent, un moment où on ressent réellement le vide en soi. Alors on ferme les yeux, on cherche en vain un souvenir, on fouille notre mémoire pour se rappeler sa voix, la douceur de sa peau... Hélas ! Tout ce que l'on trouve c'est un vide encore plus grand, toujours plus grand. On voit une scène familière, comme un repas dominicale où tout le monde est réuni... On fait le tour de la table, identifiant clairement chaque visage, et on arrive à sa place. Là, au lieu de voir cette personne qui nous manque, il y a une chaise... vide.

 

La première chose que l'on oublie c'est la voix. Ce qui est paradoxale quand il s'agit de sa mère, puisque c'est la première chose que l'on entend et à la naissance, la première chose qu'on reconnaît.

Quelques jours avant que ma mère ne fasse son malaise, elle m'avait laissé un message sur le répondeur de mon mobile. J'avais oublié de l'effacer, par conséquent, à chaque fois que je consultais mes messages j'entendais ma mère.

A sa mort, je l'avais toujours sur mon répondeur, puisque la boite vocale conserve les messages 15 jours. Je vous avouerais que je l'ai écouté un bon nombre de fois, me raccrochant à ça, à ce petit bout d'elle sur un répondeur... Le jour de ses funérailles, le message a été automatiquement effacé et j'ai « oublié » sa voix.

 

Ensuite c'est l'image qui se brouille un peu plus chaque jour, pour ne plus laisser qu'une silhouette vague entre le flou et le contre-jour. Un peu comme si notre cerveau tentait de gommer les traits des personnes qui sortent de notre vie...

Pour trouver une explication à ce phénomène, il faut que je me replonge dans mes souvenirs de lycéenne pour retrouver quelques notions freudiennes parlant d'un reflex de survie. Il est vrai que si nous pouvions nous souvenir distinctement de chaque instant vécu, notre disque dur saturerait très vite... Il ferait donc le tri entre les souvenirs utiles au présent et les autres.

Mais pas que : il paraît que notre mémoire archive automatiquement les souvenirs douloureux. Une aubaine pour qui a envie de garder une autre image de sa mère que celle d'une femme allongée sur son lit de mort.

 

Pour combler ce trou béant de la mémoire, restent les photos, les vidéos aussi. Le dernier dimanche, une semaine après avoir vu ma mère pour la dernière fois, j'avais décidé de ne pas me rendre à l’hôpital. Ce jour là, j'avais ressentie le besoin de m'éloigner de ce qui était depuis quelques jours mon quotidien et de rester en famille, avec mon homme et ma fille. A ce moment là, je pensais que ça me ferait du bien, pourtant cette journée fut de loin la plus éprouvante. Était ce parce que, la veille, en quittant l’hôpital, je lui avais dit : « a demain » (m'avait elle seulement entendu?) ? Etait ce parce que j'avais compris que ma mère ne se réveillerait jamais ?

Toujours est il que ce jour là, j'étais vraiment mal. Et pour tenter de remettre mon éternel optimisme sur pied, j'entrepris de trier mes photos et de faire un mur d'image dans le salon. N'allez pas par là comprendre que j'ai fais de mon salon un mausolée dédiée à la mémoire de ma mère: j'ai surtout affiché des photos de ma fille, de mon homme !

Rosibulle, voyant le sol se recouvrir d'image sur papier glacé, en saisi une au vol : une photo d'elle et de sa grand mère, celle de leur première rencontre, le jour de sa naissance. A la demande de la louloute, je l'ai accroché dans sa chambre, entre la photo du chat et celle de son père.

Évidemment, trier des photos ne soigne pas la douleur et il faudra du temps pour que l'absence cesse d'être oppressante. La douleur ne part jamais, le manque ne se comble pas, ceux qui disent le contraire mentent : on s'habitue, on accepte avec résignation mais des années après, le malaise est toujours intacte car la personne nous manquera toujours.

 

Quand ma mère est morte, j'ai pris ma fille dans mes bras et je lui ai dit : «  Tu sais mon cœur, quand j'ai su que tu étais dans mon ventre, ton papa et moi on est allé le dire à mamie. Quand on est arrivé dans sa maison, elle était entrain de faire la cuisine, elle était tellement contente de savoir qu'elle allait bientôt te rencontrer qu'elle a sauté dans la cuisine et a failli renverser la casserole qu'elle avait dans la main. Elle sautait dans la cuisine en criant « youpi youpi ». J'aimerais que tu gardes ça au fond de ton cœur, la certitude que ta mamie t'aime très fort et qu'elle a été très heureuse de te connaître. Aujourd'hui elle part dans les étoiles, mais elle sera toujours là, dans ton cœur et de là haut sur son étoile qui brille dans le ciel, elle veillera toujours sur toi »

 

Je sais qu'il est très peu probable que Rosibulle se souvienne de sa grand mère maternelle. Mais c'est cette image que je voudrais qu'elle ait : celle d'une mamie fofolle qui dansait avec des casseroles quand elle était contente.

 

 

 

Partager cet article

Repost 0
Published by la bulle de Mimine - dans Life is Bio'tiful
commenter cet article

commentaires

les cafards 26/11/2011 20:46

on a connu ça et on ne pouvait pas mieux l'écrire que comme tu le fais ! Bizzz des cafards

belbe 26/11/2011 05:21

très touchant

Présentation

  • : la bulle de Mimine
  •  la bulle de Mimine
  • : A l'abris dans ma bulle, j'observe. De coups de gueule en coups de coeur, je vous en fait voir de toutes les couleurs... Une autre vision du monde? je vous propose la mienne :)
  • Contact

Ayez la bull'attitude!

facebook-256-256.jpg                        Suivez-moi sur Hellocoton   Image d’aperçu

Citation

"L'absurde naît de cette confrontation entre l'appel humain

et le silence déraisonnable du monde "

Albert Camus 

Ce qu'on dit de la Bulle ^^

Pincez-moi ! Est-ce un rêve ? Un songe ? Une hallucination ?

Mimine a réussi a réunir en un seul blog (La Bulle de Mimine )

tous les ingrédients nécessaires au plaisir de l internaute.

Où donc Mimine et son esprit brillant ont-ils

dégotté la formule magique du web ?

Hélàs, je l ignore. Mais une chose est sûre :

je retournerai souvent sur La Bulle de Mimine , du bonheur en pixels.

 

Signé : LisaBuzz